samedi 9 mai 2009

Impressions (négatives)

Voilà nous sommes le samedi 9 mai 2009, il est 20h15, en face de moi la pleine lune monte gentiment dans le ciel. Nous, nous avons la chance de pouvoir la voir en permanence. Ici pas de nuages qui viendraient gâcher cette vision toujours aussi fascinante. Avec le temps, je peux comprendre la passion des anciens pour elle. Elle semble si proche. À l'oeil nu, on voit la Mer de la Tranquillité, on peut sentir quelque part la force que nous apporte ce genre de nuit. Dehors, il fait froid, nous sommes dans le désert.

Ce message, un peu intermédiaire au milieu des messages photos Animan-Géo, se veut un peu ce genre de message où je m'exprime, un peu comme il y a de cela quelques semaines à Cairns.

Nous avons traversé le bush, nous avons vu Uluru et Kings Canyon. Après demain, nous partons sur Darwin. 1500 kms qui nous attendent. Nous comptons bien sûr dormir dans le bush avec le van.

Mais en fait, ce message m'est inspiré par ce que j'ai pu voir ici. Une ville non pas désolée, mais, avec un monde désolé. Je sais, c'est pas très facile à comprendre au premier abord. En fait, voilà. La question aborigène me turlupine de plus en plus. Je savais leur situation mauvaise. Ici, cela tourne parfois au cauchemar, à la cour des miracles, à un hôpital psychiatrique à ciel ouvert.

Ce qui m'a le plus dérangé, c'est le racisme clair et net et surtout criant à chaque coin de rue. J'ai l'impression de vivre dans un ghetto où les blancs, donc nous, vivent dans un monde entouré de grillages. Les « noirs » comme ils sont appelés ici, vivent en marge. C'est franchement à la limite de la gerbe. J'ai eu non seulement de la peine, mais franchement du dégoût en voyant leur situation.

Derrière les multiples panneaux mettant en avant l'art aborigène; les Dreamtimes, les peintures, les didgeridoos, la cuisine, montrés un peu partout; un monde qui considère les natifs comme une sous-race. J'ai, je ne sais combien d'exemples, de moments où j'ai vu des aborigènes traités comme de la merde. Bon, il faut être franc, dans certaines situations, leur comportement ne les aide pas. Mais qu'ont-t-ils ? Rien! L'aide de l'État? Un passé composé de légendes, de bushmen, d'initiations, etc... En fait, à force de voir ces messages, je me dis de plus en plus; l'Australie veut se racheter une conscience, mais le mal est fait. Et quant je dis, fait, il est fait. C'est franchement triste.

Je vous fais part de l'email que j'ai écrit à ma famille :

"Bon, nous sommes toujours à Alice Springs. Deux mondes qui se côtoient mais qui ne se mélangent pas. D'un côté, les blancs et les touristes, et de l'autre les aborigènes. La journée cela va, mais dès le coucher du soleil, il est sérieusement déconseillé de se balader à pied. Il vaut mieux être en voiture. Au niveau de la sécurité, les cafés par exemple qui restent ouverts après le coucher du soleil ont des grilles de 2 mètres de hauteur. Ce qui veut dire que si on reste sur une terrasse on est entouré de grillages. C'est franchement bizarre.

Sinon, au niveau du traitement des aborigènes, ici le racisme est criant. J'ai eu je ne sais combien de fois l'occasion de le constater.

Une fois dans un supermarché, un groupe d'aborigènes n'arrivait pas à faire marcher la carte pour payer. Le caissier leur a dit de laisser le chariot de côté à l'intérieur pendant qu'ils allaient chercher de l'argent. Pendant que l'un d'eux ramenait le chariot, le caissier à lancé du papier ménage qui était encore sur son tapis. Du genre, prend ta m.. et tire toi!
Une deuxième fois, je marchais dans la rue quant je vois une voiture passer sur ma droite. Un mec, un blanc sort la tête et crie à un groupe d'aborigènes : fuck you!
Moi, je me trouvais juste entre les deux.. Super, les aborigènes ont cru que c'était moi, donc ils ont commencé à m'insulter. Moi, j'ai accéléré le pas et pour finir cela s'est calmé.
Sinon, hier en allant à l'hôpital pour cette histoire d'infection, je passe au guichet des urgences. Une dame asiatique et sa fille se font "attender", puis une femme aborigène qui était là avant moi se dirige vers le guichet. La femme au guichet lui dit que je suis avant et qu'elle doit attendre. Sur le moment, j'ai pas checké qu'elle était avant moi. C'est après coup en sortant que j'ai réalisé qu'elle a fait attendre l'aborigène pour me répondre en premier. En plus, même dans le ton, c'est totalement différent. A l'aborigène, elle le lui a dit presque sur un ton de reproche, à moi elle m'a parlé avec un grand sourire et une voix toute douce.
A l'hôpital toujours, en rentrant cela m'a fait penser à Urgences. Les infirmiers sont tous des blancs. Il y a vraiment un ambiance de cour des miracles. C'est franchement parfois triste à voir.

En ville, sur le mall (el paseo) central, des aborigènes vendent des articles typiques pour les touristes. Les flics circulent aussi. C'est pas rare de les voir contrôler ces mêmes aborigènes qui sont juste là en train d'essayer de gagner quelques sous. Nous les touristes, rien, on nous ignore.
Bref, vous pouvez gentiment vous imaginer la manière dont les aborigènes sont traités. "

Pour finir, lorsqu'on croise ces groupes de femmes, hommes, jeunes ou vieux, habillés parfois avec des loques, sales, gros, ivrognes, déformés par je ne sais quelle maladie, on se dit... « Je ne peux rien y faire ». Il faut vivre avec cet état de fait, même si cela remue pas mal de sentiments « latinos ».

Leur situation n'est pas très différente de celle des Amérindiens des USA, des Mayas du Mexique, des Quechuas et Aymaras du Pérou ou de la Bolivie. Après l'arrivée des colons, leur histoire, leur culture a gentiment été réduite à néant.

Même leur dignité a été réduite à l'état de néant.

Cette après-midi, j'ai vu, ce que je ne pensais pas pouvoir voir en ville. Une femme, dans la trentaine, se pose sur le côté du trottoir, lève sa jupe et fait, je ne vais pas le dire ici, bon, ... ses besoins et après avec le pied met un peu de terre par dessus. Je sais pas. Sur le moment, j'ai pas su comment réagir. J'ai juste fait un écart sur mon chemin. Là, voilà, bon je sais toujours pas comment le dire, oui, j'ai eu du dégoût et même la clope que je fumais, j'ai dû la jeter.

Je sais franchement pas comment accepter cette situation.

Au Chili, on a aussi des indiens, les Mapuches. Peut-être la différence joue un rôle dans le fait que c'est un peuple très fier et qui, jusqu'à la fin du XIXème siècle, s'est défendu armes à la main contre la colonisation et qui chaque année revendique ses droits et je considère qu'ils ont raison. Ce sont leurs terres et je serais le premier à voter « oui » pour une rétrocession, sans concessions, avec le droit de faire ce qu'ils veulent sur celles-ci.

Cela ne veut pas dire quel leur situation est meilleure! 400000 Mapuches vivent à Santiago et un indien reste un indien, quoi qu'il en soit!

Ma famille, il n'y qu'a voir mes parents, des cousins ou des photos de ma grand-mère paternelle, ou de me voir moi pour le constater. Nous sommes tous quelque part indiens. Peut-être que le mélange est moins visible génération après génération, mais il est là.

Ce sang qui coule dans nos veines est celui des natifs. Ces natifs étaient là avant nous; et leur histoire, leur langue, leur magie, leur médecine font encore partie de la culture de mon pays. J'aime à savoir que des chamans existent encore. Sans eux, nous serions comme ces blancs ici, dans un pays qui est devenu le leur, mais que parfois, je me dis, ils ne connaissent pas.

En fait, ils pensent le connaître, mais à travers des images et non pas la réalité.

Ici, le gouvernement « tente » de régler les problèmes, mais en fait pour quels résultats ? Je me le demande. Parfois, je me dis; heureusement que des centres pour aborigènes existent, tenus par des aborigènes. Donc l'adage : On n'est jamais mieux servi que par soi même » s'avère être le bon.

Bref, je pourrais m'étaler des heures sur le sujet. J'ai seulement peur de tomber dans les clichés ou de porter un jugement faux, un jugement occidental. Je ne pense pas que j'ai le droit de le faire.

Je voudrais seulement vous dire, voilà: ce problème existe et c'est pas une connerie, c'est franchement un GROS problème. Dommage que notre monde ne soit pas arrivé à gérer cette situation qui, à mes yeux, est intolérable.

Notre monde occidental a voulu transposer notre mode de vie à des gens qui vivaient en harmonie avec leur monde pendant des millénaires, et nous avons détruit cette harmonie. C'est très cru, mais c'est vrai. J'espère seulement qu'au fond du bush, il reste encore quelque chose des Dreamtimes. Une chose importante dans la culture aborigène. Il faut vraiment l'espérer.

Bref, l'humaniste est ressorti pour un petit intermède.

Bye

5 commentaires:

Iarwy a dit…

Quel article Rodrigo !

Merci, cela m'a relancé dans mes idées - moi qui doit faire un travail de diplôme sur l'acculturation, je ne pense pas que l'on peut mieux tomber. Tu as fait revivre la petite flamme de l'anthropologue en moi qui s'était un peu endormie, merci ! Il est très difficile de commenter ton article en détails, mais il est vrai que c'est un grave problème, espérons que des générations d'anthropologues ou autres, puissent y faire quelque chose, mais c'est déprimant à plus d'un point de vue, c'est sûr !

Lutinvengeur a dit…

hello laurent. te voilà de nouveau auprès des vaches. je t envie parfois. Mais tu as raison. Si tu peux écrire quelque chose alors fais le. pour ma part, je voudrais déjà être loin de tout cela. de toute cette hypocrisie. on ne peut rien y faire. c est ainsi.
a plus
rodrigo

Nath a dit…

Ouh là, on sent que ça te sape le moral...

Oui, on savait que le problème aboripène existait, mais c'est autre chose de le voir en vrai, je suppose. En effet, on ne peut rien faire et je suis assez pessimiste quant à l'évolution de la situation. Le problème, selon moi, c'est que ces gens inspirent le dégoût - tu l'as toi-même vécu - et le mépris. Une réaction humaine. Il est bien plus facile d'éradiquer ce qui nous dérange que de de tenter de l'améliorer... C'est une réaction de survie: combien d'entre nous remettent en liberté les araignées qu'ils trouvent dans leur baignoire au lieu de les noyer? Tant que les Aborigènes seront des saoulards sales et sans dignité, ils continueront à être persécutés; et tant qu'ils seront persécutés, ils ne pourront pas sortir de cette situation. Cercle vicieux.

Merci pour ce post très intéressant. Je me réjouis de descendre dans le sud du Mexique (plus qu'une semaine avant le Yucatán!) pour voir comment ça se passe là-bas.

Anonyme a dit…

Merci pour ce témoignage dur mais nécessaire aussi cher Rodrigo. Un voyage c'est certes de beaux paysages mais aussi parfois se frotter aux réalités plus dure d'un pays...

Sandrine

Lutinvengeur a dit…

Nath et Sandrine

Je me dis que parfois il faut aussi parler de ce qui va mal. Après Alice Springs, nous avons enfin quitté cette ville. dans les villes que nous avons traversées en allant sur darwin, cela ne change pas trop. Mais j'en parlerai plus longuement sur le blog lorsque j'aurai le temps de le mettre à jour.
Bisous depuis Darwin où on crève de chaud.