Après Angkor, nous sommes repartis le dimanche matin direction Phnom Penh non sans avoir eu un petit accrochage avec le mec de la réception qui ne voulait pas ou ne pouvait pas comprendre que nous payions séparément. J'avais déjà passé un quart d'heure le jour d'avant à lui faire le détail de mes dépenses et de celles de Silvia, étant donné qu'ils notaient tout dans un petit carnet. Malgré cela, il a essayé, va savoir pourquoi, de me faire payer à double la première nuit et le lendemain au moment de partir à nouveau.
Je ne sais pas si c'était tenté, juste par ignorance ou manque de confiance. Il faut préciser qu'au Cambodge, plus de 60% de la population est illettrée et une pareille proportion ne sait tout simplement pas compter devant utiliser une calculatrice pour faire 50 moins 38... On a beau leur faire le calcul etc.. non il faut vérifier encore une à deux fois avant qu'ils soient d'accord, même si on est arrivé bien sûr au même résultat. Ce même désagrément adviendra à Sihanoukville au moment de partir et là j'ai vraiment commencé à pester. A croire qu'ils pensent qu'on veut les arnaquer alors qu'au contraire on essaye d'être le plus précis possible.
En fait, je me demande si avec tout le passé de ce pays, où toute l'élite intellectuelle a été décimée, où toute la population a vécu avec la hantise de son voisin, cette méfiance ne s'est perpétuée jusqu'à nos jours. D'une part par manque d'éducation de qualité et sinon par une mentalité basée sur le soupçon qui perdure encore de nos jours, à tous les niveaux de la population. Ceux qui en savent un peu plus, et bien je veux bien connaître votre opinion.
Départ
Sinon voilà Phnom Penh. Elle était la Perle de l'Orient. Et bien cette perle a sacrément perdu de son éclat. La ville en dehors du quartier du palais royal semble à peine sortie de la guerre. Les rues sont souvent en terre ou alors totalement défoncées, les bâtiments semblent en ruine (en dehors de certains quartiers), les immondices s'accumulent même à 100 mètres du poste de police central.. En somme, je me demande où part tout l'argent que le pays reçoit de l'aide internationale ou du tourisme provenant d'Angkor (plus d'un million de visiteurs par an). C'est dire que même Siem Reap n'a que quelques rues goudronnées (par les japonais avant tout), et sinon le reste c'est des rues en terre (l'équivalent de la rue de la Confédération) et qui sont inondées à la moindre averse. Je parlais de corruption ? Mmmh.. il me semble que l'argent finit dans les mauvaises poches.
Dimanche soir, nous avons eu droit à d'agréables retrouvailles avec Nhon et Sabine que nous avions connus sur Pai plus d'un mois auparavant. Ce fut cool de pouvoir partager nos derniers souvenirs et sinon de se prendre un bon café le lundi 28 au matin, finalisé par ces photos:
Question visites : Alors la fameuse prison S21, le Palais Royal et sa Pagode d'Argent, le Musée National et sinon un tour en ville pendant toute une après-midi.
On commence:
S21
Notre première visite et la plus difficile je vous l'avoue. Pour comprendre le but de notre visite, je fais un rapide résumé de l'histoire du pays (compliquée).
En 1953 le prince Sihanouk obtient des français l'indépendance du pays sans finir en guerre comme au Vietnam. Le pays se veut neutre, mais avec la guerre dans son pays voisin, les américains feront pression pour permettre à leur armée d'utiliser le territoire comme base arrière, chose que le prince refusera. En 1970, le premier ministre renverse le roi qui se trouvait en Chine. Le premier ministre alors permet aux USA d'utiliser le Cambodge pour bombarder le Vietnam
En parallèle et depuis plusieurs années, un groupe composé de deux hommes (dont Pol Pot) et deux femmes créé le Parti Communiste Cambodgien à Paris. Ce parti changera de nom à plusieurs reprises.
Tout d'abord toléré puis interdit, le parti prend le maquis et développe une guérilla avec l'aide des paysans. Après son éviction du gouvernement Sihanouk rejoint ceux qu'ils appellera les Khmers Rouges. Le roi fera également appel à la population pour qu'elle se soulève contre le pouvoir en place à Phnom Penh.
Finalement le 17 avril 1975, Phom Penh tombe. Au début la population est soulagée brandissant des drapeaux blancs aux fenêtres et remerciant ces curieux enfants-soldats vêtus de noir.
Le même jour, Angkar (organisation), le nom qui leur est donné, ordonne l'évacuation de la ville sous prétexte que les américains vont bombarder la ville. En fait, ce fut le début de 4 terribles années pour les populations des villes, obligées de tout laisser et de partir à la campagne pour y travailler dans le but de ? ... de créer une société basée sur l'agriculture, une société qui devait passer d'une société moyenâgeuse à une société développée, mais uniquement basée sur les paysans et la culture du riz... Les gens y compris enfants devaient travailler 12 à 14 heures et ne recevant qu'une portion d'eau et d'un peu de riz. Pas de viande, de fruits, rien.
En dehors de l'assassinat systématique de tous les anciens dirigeants, mais aussi policiers, militaires et fonctionnaires, tous les intellectuels furent tués (enseignants, médecins y compris). Le simple fait de parler une langue étrangère ou de porter des lunettes voulait dire qu'on était un capitaliste et un contre-révolutionnaire. Les plus chanceux réussirent à passer entre les mailles du filet, en se faisant passer pour des paysans, mais comme le pays vivait sur la délation, beaucoup pour sauver leur vie, dénoncèrent ceux qu'ils savaient être du mauvais côté. Le système ira jusqu'à l'absurde d'interdire l'école (les conséquences se font encore sentir), de vider les hôpitaux et de faire ainsi mourir les malades qui ne disposaient plus de médecins qui avaient tous été ou presque éliminés.
L'Angkar soit-disant développa des hôpitaux dans les campagnes, mais les maladies étaient combattues avec du sucre où alors avec des médicaments qui n'étaient pas appropriés ou alors en ignorant les simples mesures d'hygiène. On oubli les opérations, il n'y avait rien pour soigner les gens.
Résultat des assassinats, de la famine et des maladies ? Environ 2 millions voire 3 millions de morts, plus d'un quart de la population d'alors.
Fin 1978 début 1979, le Vietnam envahit le pays et réussit à faire partir les khmers rouges de la majeure partie du pays, mais des poches de résistance existèrent jusqu'en 1991, année des accords de Paris. Après plus de 10 ans d'occupation vietnamienne (qui ont utilisé le pays comme grenier), les diverses factions, y compris les khmers rouges, formèrent une coalition pour permettre un retour à la paix.
Sihanouk qui après avoir été anti, pro puis à nouveau anti khmers rouges (son rôle est parfois trouble) récupéra son trône. Les derniers évènements eurent lieu lorsque Pol Pot mourut en 1997 et que les derniers 4000 khmers rouges rendirent les armes en 1998. C'est donc depuis peu que le pays est réellement sorti de la guerre, mais les séquelles se font encore terriblement sentir.
Non seulement un quart de la population a disparu, mais depuis la fin de la guerre, chaque mois des dizaines de personnes sont encore tuées par les mines déposées pendant ces années. Sinon d'un point de vu politique, le roi a abdiqué en faveur de son fils et le premier ministre quant à lui Hun Sen est un ancien khmer rouge reconverti avant l'invasion vietnamienne et qui par conséquent a échappé aux purges (il avait fuit) et par la suite à une arrestation...
J'espère ne pas mettre trop trompé dans tous ces détails, mais j'ai écrit de mémoire. Faut dire qu'avec les divers livres lus ces derniers temps, je commence à m'y retrouver. Pour vous, je peux vous conseiller mes livres précédemment mentionnés ainsi que "D'abord ils ont tué mon père" que je viens de lire et qui relate avec les yeux d'une enfant la famine et la perte de ses parents et de deux de ses sœurs. Cœurs sensibles s'abstenir.
La prison:
S21 fut utilisé comme centre de torture dans une ancienne école de Phnom Penh, environ 25000 personnes y séjournèrent avant d'aller être exécutées en dehors de la ville. Une bonne partie des victimes furent des khmers rouges soupçonnés d'être anti-révolutionnaires. En fait dans les dernières années du régime, il y eu, comme dans bien des pays communistes, des purges à tous les niveaux.
L'école est répartie sur 4 bâtiments. On traverse les anciennes classes, certaines reconverties en cellules et sinon on peut voir des milliers de photos de personnes tuées. Il y a également plusieurs témoignages de victimes mais également d'anciens khmers rouges. Finalement on peut voir un documentaire français sur l'histoire d'un couple assassiné comme les autres.
Quelques photos. Oui tout ne peut pas être sur ce blog beaux temples et merveilles du monde. Il y a aussi des moments durs.
Un tableau de décompte des charniers...
Plus joyeusement, nous avons fait un tour de la ville, visité le musée national et pour ma part visité le palais royal.

Le salon de coiffure ;-)
Un peu d'architecture
On ne peut pas visiter la majeure partie du palais, car le roi y réside encore. On peut par contre voir ces fresques qui semblent avoir sacrément souffert de l'humidité ou des inondations.
Le tableau de la guesthouse avec le cahier que nous devions utiliser pour y annoter nos dépenses. Et là, appréciable on vous fait confiance!
Sihanoukville
Je suis parti sur la ville mercredi midi, Silvia m'a rejoint le lendemain. Je m'y suis rendu pour voir un peu la mer et surtout pour faire mon visa pour le Vietnam. En fait j'aurais dû le faire sur Phnom Penh, il m'aurait coûté moins cher, mais ça je pouvais pas le savoir avant de me pointer au consulat. Seul avantage; on reçoit son visa en 5 minutes.
De la ville, il n'y a rien à voir à part ces lions et sinon la plage.
Normalement l'eau devrait être cristalline et l'eau calme....
Oui les affaires à Silvia. Elle va me tuer, mais j'aime bien la composition.
Lundi 5 octobre (on est resté 5 nuits sur Sihanouk), j'ai pris le bus en compagnie d'un irlandais (Silvia est restée) direction Ho Chi Minh (Saigon). Après 13h30 de voyage, et bien un autre monde, à l'opposé du Cambodge. Les détails viendront sur le prochain post.
Bye depuis le Vietnam :-)
Rodrigo
3 commentaires:
Me réjouis de te lire au Vietnam car un ami y a été cet hiver, cela me permettra d'avoir un autre point de vue!
Biz
Sandrine
Hello Sandrine. Je sais pas si j'aurai beaucoup à écrire je n'y reste que 10 jours. Bises
Hello Rodrigo !
Encore un magnifique article, merci également pour la partie historique vraiment intéressante (et dure...) Profite bien encore de ton voyage, moi je suis déjà en train de rêver à mon prochain, (les idées foisonnent hehehe, ça fait trop longtemps que je suis de retour en Suisse ;)
Take care my friend !
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