vendredi 19 juin 2009

Ma marche du top 100

Jeudi 11 juin 2009. Réveil à 5h30 pour deux journées qui resteront dans mon top 100, un peu comme dans ce bouquin qui mentionne les 100 choses à voir dans sa vie, non seulement par les paysages mais par les impressions. Deux journées où mon corps a été mis à rude épreuve, mais l'expérience fut inoubliable.

Et quoi donc? Et bien simplement monter voir le volcan Rinjani en activité à 2600 mètres d'altitude. Le volcan en lui même atteint les 3700 mètres, mais son « fils » grandi dans la caldera et se réveille parfois comme en ce moment même.

L'aube se lève sur le volcan

Et avec les premiers rayons de soleil

Nous avons booké le tour à Senggigi auprès d'un mec qui nous a semblé correct et qui surtout nous promettait des vestes chaudes pour la nuit et une paire de chaussures pour Vincent qui ne voyage qu'en tongues.

Le soir en arrivant sur Senaru, nous sommes passés chercher le tout. Le mec qui était responsable du tour nous a bien gentiment offert un café, mais à nos questions, sur le genre de marche, la difficulté etc.. rien. Pas la moindre information. Et bien, quel professionnalisme! Sans compter l'histoire des vestes et des chaussures. « Oui, oui, demain ».

Je voyais déjà venir que le lendemain nous n'aurions rien. Après être redescendus manger dans la vallée, je dis à Vincent qu'on passe voir notre mec, car pas question d'attendre le lendemain. Je crois que ce fut la bonne décision. En passant le voir, il a tout de suite demandé si c'était dans le prix. Oui, cela l'était. Il a plus ou moins volontiers fourni des chaussures pour Vincent, une superbe veste blanche pour femme pour lui encore et pour moi une belle ancienne veste de motard qui me donnait l'air du gros dur ;-)

A l'hôtel, deux filles, une allemande et une suédoise fraîchement arrivées de l'Australie se sont jointes à nous. Elles nous ont fait rire, car elles étaient venues depuis Senggigi avec un « driver » et après rechignaient à payer le même prix que nous. J'avais envie de leur dire, « alors pourquoi ne pas avoir pris directement depuis Senggigi avec pick-up et drop off jusqu'à Senaru? »

Après le pick up à 7h, nous sommes partis rejoindre les 4 autres participants. Un suisse allemand de Zurich vivant à 200 mètres de chez moi et travaillant pour la même banque (mais on ne se connaissait pas), un australien, un américain d'Alaska et un anglais.

Avec nous, notre « guide » et 5 porteurs. Les porteurs avaient des charges allant jusqu'à 25 kgs avec tout le nécessaire tel que tentes, sacs de couchage et surtout toute la nourriture et eau. On est resté parfois pantois en les voyant gravir la montagne en tongues plus facilement que nous et nos petits sacs à dos de survie.

Après passage par le « contrôle » de police où chacun doit s'annoncer, mais où en fait on peut écrire « James, australien, 28 ans » et c'est pareil.

Le premier km se fait entre des champs avant d'arriver à la porte d'entrée du treck.

Depuis ici, 7,6 kms et 2000 mètres de dénivellation. On marche (très très) longtemps dans la forêt, gravissant des marches, non pas des centaines, mais des milliers. Après la 3333ème, on se dit, plus que 3333 nouvelles marches.

Les marches, si on peut l'appeler ainsi, en fait les racines des arbres. Le chemin rien à voir aux autoroutes pour marcheurs de l'Australie.


Ici, des stops tous les 1 à 2 kms, et à chaque fois, on peut presque essorer son t-shirt tellement on finit trempe de la tête aux pieds. On n'y pense presque plus, sauf aux arrêts où on sent le froid vous prendre. On a beau être sous climat tropical, sous la couverture des arbres, le froid vous prend bientôt.

Après 3,5 kms, premier gros arrêt lunch. Nos porteurs nous ont préparé un repas délicieux et des fruits en guise de dessert.

Nos porteurs à l'oeuvre.


Vincent qui vous montre sa superbe veste

Juste pendant le lunch, nous nous sommes retrouvés dans les nuages




Après, départ pour 2,5 kms, où je ne sais pas pourquoi, je me suis retrouvé en tant que leader, menant toute la troupe vers le haut.

Les marches, qui au début se montent avec un certain entrain, finissent par ressembler à une montée aux enfers (même si celui-ci est sous terre) et avec les jambes qui font de plus en plus mal.

Mais le pire reste à venir. Au troisième post, nous voyons que nous sommes à 2000 mètres d'altitude. Au loin, nous entendons le volcan rugir.

A cet endroit, nous faisons la remarque au guide que malgré les panneaux « keep clean », on trouve de tout, des mégots, des emballages etc... Il nous dit que c'est le fait des locaux et que deux semaines avant, l'endroit était propre car la police était passée. On s'est dit, « les locaux? ». Oui peut être. En tout cas nous avons tous jeté consciencieusement nos déchets dans les poubelles à disposition.

Le dernier tronçon, 1,3 kms et 600 mètres de dénivellation. Là, c'est carrément devenu un supplice. Vincent, qui cette fois-ci était devant moi, s'arrêtait tous les 3 pas pour reprendre force. L'américain et l'anglais eux avaient pris un peu d'avance et disons que cela nous motivait pour continuer.

On a continué parfois dans les nuages, puis à nouveau le soleil. A cette altitude, le temps change soudainement

Le petit point blanc c'est Vincent qui me devance


Arrivés à la borne 7kms, les pierres ont remplacé la terre et les racines. Chaque pas semblait demander un effort presque surhumain. Je me suis demandé, "est-ce l'altitude ou les 4 heures de marche qui en sont la cause?" Je pense un peu des deux. Les derniers 500 mètres se parcourent entre pierres et « pâturages », le bord du cratère toujours plus proche.

Le reste de la troupe s'est arrêté à un abris tandis que nous, nous avons continué en direction du cratère.

Partis à 8h30 du contrôle de police, c'est à 16h00 que nous avons enfin atteint notre but. Le lac s'est présenté à nous et au milieu de la caldera le nouveau volcan en activité.


Nous avons rejoint l'anglais et l'américain devant ce spectacle fascinant de fumée et lave qui sortent du cratère sans discontinuer. Le bruit est parfois impressionnant, telles des explosions successives et des panaches de fumées s'élevant vers le ciel.

L'anglais Martin avait dégoté on ne sait pas comment dans le village (nous sommes en terres musulmanes) de l'alcool de riz. Et là, on a bien sûr trinqué à notre réussite. Enfin parvenus au but!!

Jamais, je ne crois, je n'ai autant souffert lors d'une marche et je crois que je vais y réfléchir à deux fois avant de partir faire le chemin de l'Inca au Pérou comme Fabienne ou faire un treck dans l'Himalaya comme Céline.

Nous avons tellement épuisé nos forces, que seuls nos yeux arrivaient encore à bouger, le reste était comme paralysé par la fatigue. Mais oh comme cela en valait la peine!!!!

Peu après, disons une heure, sont arrivés les autres.

Nos porteurs ont monté les tentes et commencé à préparer le dîner à 2641 mètres d'altitude.


Nous, nous sommes restés à admirer ce paysage fabuleux, d'un côté le coucher de soleil à travers les nuages et la mer de Bali qui pouvait se voir en dessous (nous étions juste à la limite)


et de l'autre côté, le volcan et la lave qui avec l'obscurité se voyait de mieux de en mieux. Le spectacle maintes fois vus à la télévision n'a rien de comparable.



Notre campement vu depuis le panneau à 2641 mètres


Nos tentes installées

On a eu droit pour le soir à du Nasi Goreng (du riz) aux chandelles. Après nous avons pu avoir un semblant de feu au bois humide et aux bouteilles en plastique en guise de combustible (l'écologie n'existe pas ici).


Enfin de nuit, nous avons pu admirer les éruptions et la lave s'écoulant le long du volcan

De nuit, le froid est par moment devenu franchement difficile à tenir, même s'il faisait peut être 10 degrés. Nous en dessous de 25 on commence à avoir froid et on sort la couverture pour la nuit... Heureusement que nous avions de bons sacs de couchage (en tout cas pour certains) et la nuit fut passable. Vincent, lui, n'a pas beaucoup dormi, les chauds et froids de la montée plus le froid arrivés au camp l'ont rendu gentiment malade. Pour ma part, calé entre lui et le suisse-allemand, en dehors du sol un peu « dur », j'ai passé une bonne longue nuit. Faut dire qu'après la marche, pas trop besoin de demander pour sombrer dans un sommeil profond à 22h déjà.

Je me suis fait réveiller quelques fois, mais à cause du volcan qui crache seconde après seconde. Le bruit faisait parfois presque peur. Et s'il entrait dans une éruption violente envoyant de la lave et surtout des cendres en quantité ?

C'est au matin, que nous avons constaté qu'en effet le volcan avec le vent envoyait ses cendres sur nous. Nos tentes en étaient recouvertes d'une fine couche.


Le reste du campement, donc la bouffe, également. Cela ne nous a pas empêché de boire notre café à la « Rinjani » et nos oeufs brouillés.

6h15 du matin


Notre petit déjeuner en préparation


Et les restes de café dans mon bol, c'est le café "Lombok" (en fait pareil que le café Bali...)


Le matin très froid, et comme d'habitude, les hommes sont les plus douillets moi y compris. C'est dans les sacs de couchage en guise de veste que nous avons continué à admirer le volcan en partie caché par la brume et les fumées.


Keep Clean.....

La descente dès 8h00 fut une autre galère. Cette fois-ci pour les genoux. Les mêmes 10324984 marches à faire, les mêmes 50 cms à descendre entre deux, sans compter la terre, les cailloux qui rendaient le sol ultra glissant, des racines qui vous faisaient presque tomber, etc... .

Nous venons de partir


Et les mêmes marches


Roland le suisse à l'action en descente.. Le pauvre a fini complètement exténué et pourtant il est plus jeune que moi. Au fait, j'étais le plus ancien du groupe, mais le soir on m'a donné bien moins :-)))))))))))))))))


Vous voyez l'hauteur là où sa chaussure de marche se situe

Enfin arrivés à l'entrée du treck



Nous avons vu à ce moment là, un groupe d'étudiants de Singapour venus voir le volcan. Eux partis à midi, avaient déjà droit au repas 1 km après. Leur escalade devait être prévue sur 2 voire trois jours, car partis si tard, au coucher de soleil à 18h00, ils seraient difficilement arrivés au Post III.

En tout 17,4 Kms. Les grands marches sont interdites pour le moment à cause de l'activité du volcan


En 5 heures nous sommes arrivés à notre point de départ. Les porteurs nous attendaient. Il faut dire qu'eux se sont mis à faire la course dégringolant le volcan en faisant des sauts là où nous, nous nous tenions aux branches et souffrions le martyr en touchant le sol...

Arrivés au contrôle de police, notre organisateur nous a descendu au village où nous avons pu reprendre nos affaires et obtenir gracieusement une douche bienvenue. De quoi enlever le sel et les cendres accumulés voire incrustés sur notre peau.

Avec Vincent, pas trop le temps de nous reposer. Les jambes ultra-extra endolories nous avons pris la route de la côte puis pour traverser un col entre le Rinjani et un autre volcan.

En route vers Sapit, nous arrivons à un croisement et on demande notre route. Un gosse, nous dit que la ville que nous cherchons se trouve vers la droite. Là, une vieille lui dit, « non c'est ici cette ville ».. Ok donc, nous on prend à droite. Par contre, ce qui nous a franchement dérangé, c'est qu'il nous sorte, « 10000 roupies pour acheter des cigarettes! ». Et puis quoi encore... Même un renseignement est payant.. ok, parfois je veux bien, mais lui avec son ton, du genre « eh donne moi 10000 roupies », et bien.. va te faire foutre. On a donc prit la route sans trop nous soucier de lui. Si au moins ses renseignements avaient été utiles, ok, mais là, ya de quoi se poser la question: "les gens sont vraiment cons ou ils se la jouent?" Difficile à dire. Ce fut une nouvelle expérience désagréable.

La route traverse plusieurs villages avec à droite le Rinjani et à gauche un autre volcan (désolé caché par les nuages).

Nous ne nous sommes pas trop arrêtés. Le temps s'est couvert et nous avec la fatigue on a sérieusement commencé à avoir froid. Après avoir traversé le dernier village, la route en partie défoncée a commencé à monter en direction du col avec de la forêt tout autour. Là, le scooter a franchement eu de la peine et au bout de la xème montée en virage, on a carrément dû s'arrêter, le moteur ayant commencé à fumer.

Avec Vincent on s'est dit, on le laisse refroidir, un part à pied et après on se rejoint pour la descente, le col se trouvant à 1 km environ. Juste à ce moment là s'arrête un mec qui nous dit être guide sur le Rinjani, mais depuis un autre village qui sert de point de départ. Vincent est parti et je suis resté à discuter avec lui en pleine jungle.

Il m'a averti que la route ne s'améliorait pas et que la dernière pente était comme celle après le Post III du treck, oups.... Moi, je voulais surtout savoir si on pouvait avoir une chance de trouver un home stay quelque part dans la région. Il m'a averti qu'en fait les seuls à disposition se trouvaient dans le village que nous venions de passer, mais qu'il avait son propre home stay à un bon prix. Moi, j'ai trouvé l'invitation intéressante, mais le problème serait le même au matin pour refaire toute cette montée. Pour finir, il m'a donné le nom d'un home stay situé de l'autre côté de la montagne. Ok, merci beaucoup et je suis reparti.

J'ai été surpris de ne pas voir Vincent en train de marcher (gravir) la route. Je l'ai retrouvé au col bien sagement. Il s'était fait prendre en stop par une de ces camionnettes transportant des légumes et parfois aussi des animaux.

Juste à cet endroit, on pouvait voir les nuages monter depuis le sud et traverser le col avant de disparaître.

La descente, en pente ultra-extra raide s'est faite à travers de la forêt et une route encore et toujours parsemée de trous, crevasses et bosses.

C'est avec plaisir que nous avons senti la température monter gentiment et après le dernier virage voir le village avec son home stay. L'endroit, à nouveau déserté par les touristes. On a avoir une chambre avec vue sur Sumbawa des champs de maïs.

Et qui avons nous vu arriver peu après dans la chambre d'en face? Notre américain d'Alaska du treck accompagné d'une copine à disons l'embonpoint certain. J'ai pas osé faire de commentaires, car là j'ai compris pourquoi elle était restée au village à l'attendre ;-)

Nous avons passé la soirée ensemble et avec Vincent cela nous a fait un bon exercice de parler anglais et en essayant à tout prix d'éviter le français. Moi je me débrouille assez bien maintenant. Vincent a encore besoin d'un peu de pratique, mais c'est pareil que pour moi aux USA. C'est depuis l'Australie que j'ai pu, comme qui dirait, me lancer et ne plus avoir peur de parler malgré mon doux accent francophone. C'est le seul moyen pour progresser et les deux américains, même s'ils parlaient « très » américain ne se la jouaient pas du genre « sorry ». Non, bien au contraire.

Voilà, c'est fini pour ce message. Le dernier, bien plus court relatera nos derniers jours sur Lombok avant de reprendre le ferry sur Bali le lundi 15 juin qui suit.

Bye.

1 commentaire:

Iarwy a dit…

Incroyable récit, incroyables photos ! Merci Rodrigo, tu m'as fait bien rêver sur cet article, woah !

Chapeau ! J'ai particulièrement aimé cet épisode :) Take care.